La route, couverte de neige, était dangereuse : je sentais les roues glisser par endroit.  Je roulais lentement. Le chauffage de ma voiture, poussé à fond, peinait à dissiper la buée qui se déposait sur le pare-brise.

Deux heures que je tournais en rond. Le soleil était bas désormais ; bientôt, il ferait place à la nuit ; une froide nuit d’hiver ; une nuit où les étoiles tremblantes jetteraient leur pâle lumière à travers les océans du vide.

J’allais abandonner quand, soudain, à la sortie d’un virage où il me semblait être déjà passé plusieurs fois, je découvris une longue route, toute droite, qui allait se perdre à l’horizon. Je l’avais trouvée, la route qui conduisait au château de Gesvres. Le château où la malédiction avait commencé, il y a plus de deux siècles, pendant la Révolution française.

La chaussée sur laquelle je venais de m’engager brillait comme un miroir. Elle semblait flotter sur de sinistres marais, qui exhalaient une brume étrange. Ma peur grandissait à mesure que les poteaux électriques défilaient. Il était encore temps ; je pouvais faire demi-tour. L’envie de fuir devint si forte que je freinai sans y prendre garde. La voiture dérapa et se retrouva en travers de la route. Je sentais mon cœur battre violemment dans ma poitrine. L’afflux de sang faisait bourdonner mes oreilles. Soulagé d’avoir évité le pire, je passai mes mains sur mon visage en soupirant.

Je ne pouvais plus reculer. Je devais savoir. Était-il encore ici ? Lui, Quentin Delalande, qui avait effrayé le Tout-Paris bien plus encore que les exécutions de la Terreur ; avait-il traversé les siècles mi-mort mi-vivant pour accomplir sa terrible vengeance ?