On peut se demander longtemps si la vie a un sens ; si l’absurde ne préside pas à la Création ; si l’on doit enfanter et transmettre ce fardeau – vivre et mourir, vivre pour mourir. Au fond, toutes ces questions se dissolvent en une question unique : « est-ce que je suis heureux d’avoir été ? », qui éclaire toutes les autres d’une lumière éclatante ou lugubre.

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Pourquoi devrait-il y avoir un sens ? L’existence doit-elle être fécondée par le sens ? En sera-t-elle meilleure ?
On proteste : une vie sans fin, c’est absurde.
Quand verrons-nous que l’absurde est moins laid que la finalité ? Qu’il est moins fou que le sens ; qu’il libère, lorsque la fin nous enferme ; et qu’il nous apprend à nous délester de ce trop plein de sérieux que les hommes « sensés » font peser sur le monde et ses beautés.

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Savoir pour savoir, libéré de la contingence et du but, voilà la noblesse de la science. L’art pour l’art, affranchi de toute visée pratique ou utilitaire, voici la grandeur de l’art. Vivre pour vivre, sans autre but, sans « utilité » extérieure ; libre de toute signification et de toute destinée ; n’est-ce pas là la plus absurde et la plus noble façon de vivre ?

E.H.