On ne saisit que trop rarement la grandeur de la pensée matérialiste. On voudrait réduire le matérialisme à une vue de l’esprit faisant du monde une grande machine où l’homme ne serait qu’un rouage entraîné par la nécessité ; amas d’atomes parmi d’autres déterminé par des causes extérieures ; prisonnier de la matière ; objet et non sujet. Le matérialisme serait la négation de la liberté.

Rien n’est plus opposé au matérialisme que cette idée. Car c’est la nécessité qui libère l’homme. Le monde devenu mécanisme, ce sont la superstition, les fables, l’obscurantisme qui reculent. Le matérialisme ne rend pas mieux compte du mystère de la vie que ses alternatives ; mais il rend plus libre, il émancipe. Il bute sur l’explication du surgissement de la liberté dans la nécessité matérielle ; mais il rend cette liberté effective ; il est condition et non explication de la liberté. Le matérialisme est le meilleur outil des hommes libres. Au contraire, toute les spiritualités, en tentant de justifier la liberté, finissent par asservir. L’explication de la liberté semble devoir l’engloutir avec elle.