Bien souvent les grandes villes concentrent toutes les richesses et le prestige de leur époque. Il arrive pourtant que des villes plus modestes bousculent cet « ordre », imposant le respect au monde et aux générations futures. La petite ville de Weimar (60000 habitants) est de celles-ci. Berceau de la République du même nom et du célèbre Bauhaus, elle fut une terre d’élection pour les génies des arts et des lettres tels que Goethe, Schiller, Bach, Liszt, Strauss, Wagner, Nietzsche, Kandinsky, Klee, Gropius…

Après un agréable bain dans la piscine de notre hôtel et un petit déjeuner gargantuesque – une véritable overdose de saucisses –, nous rejoignîmes le centre de Weimar, où nous commençâmes notre visite par le Bauhaus. Nous ressentîmes quelques frissons en parcourant silencieusement les couloirs de la célèbre école, qui exerça une influence décisive sur l’architecture, le design, la photographie et l’art du vingtième siècle. Nous risquions parfois un regard par les portes entrouvertes de salles de cours, dans lesquelles les jeunes élèves semblaient tout à leurs projets. En ressortant de cette délicieuse visite méditative, je me sentais léger, comme porté par l’énergie créatrice accumulée là-bas depuis un siècle.

Nous traversâmes la rue pour pénétrer dans le magnifique parc sur l’Ilm. La balade au milieu des arbres, des gazons verdoyants, des ruines, des petits ponts et de la rivière aurait pu être douce sans le soleil de plomb et la chaleur étouffante qui s’étaient soudain emparés du lieu. Nous poursuivîmes malgré tout jusqu’au jardin de Goethe avant de retourner vers le centre ville.

Palais, musées, églises, places, petites rues au charme irrésistible, et mieux encore la gentillesse des gens : nous tombâmes amoureux pour la seconde fois en deux jours (voir Erfurt). C’était un moment important, pensais-je : je venais – enfin – de rencontrer l’Allemagne. Pour de bon.