Comment traverser la Bavière sans aller visiter un des plus célèbres châteaux au monde, tout droit sorti d’un conte de fées ? Un conte fou écrit par Louis II de Bavière, qui, enfermé dans ses rêves de chevalerie et de Moyen-âge, fit bâtir un château « idéal » en plein XIXe siècle.

Parkings géants, cafés, souvenirs à gogo, foule dense malgré la pluie : adieu paisibles montagnes suisses, nous étions revenus au tourisme de masse. Après avoir fait la queue pour acheter des billets donnant accès à l’intérieur du château de Neuschwanstein – à un horaire imposé, « 15h10 » –, nous allâmes faire un tour près de l’Alpsee, magnifique lac aux reflets émeraudes cerné de montagnes, où, à l’abris de la foule, nous retrouvâmes un peu de quiétude.

Afin de profiter de notre temps « libre », nous fîmes ensuite à bon rythme l’ascension jusqu’au château puis jusqu’au Marienbrücke, le « pont Marie », du nom de la mère de Louis II. De loin, le château, posé sur son éperon au milieu d’un paysage grandiose, en impose. De près, son charme est moins certain. Il y a quelque de disgracieux dans sa construction et – est-ce le goût français ? – son modèle, Pierrefonds, me semble bien plus réussi. Mais, à bonne distance, depuis le pont, il rayonnait véritablement et exprimait toute sa force. Si seulement, pensais-je, il était possible de transporter le château de Pierrefonds sur cet éperon, alors nous toucherions à l’idéal, à ces cieux éthérés auxquels rêvait le monarque éclairé.

Le pont lui-même, enjambant une gorge située cent mètres plus bas, était impressionnant. Pourtant assiégés par la pluie et le vent, nous y restâmes le plus longtemps possible, profitant de cet incroyable point de vue sur le château et la vallée qui s’étendait derrière lui.

Si longtemps que nous dûmes revenir à toute vitesse vers le château sous peine de laisser passer notre horaire de visite. Nous arrivâmes légèrement en retard, mais les « surveillants » acceptèrent de nous laisser rejoindre notre groupe, avant que le suivant ne soit lâché à notre « poursuite ».

L’intérieur du château se révéla éblouissant et, cette fois, éclipsait totalement le « triste » Pierrefonds. Avec son éclectisme détonant, mélangeant sans retenue néo-gothique, néo-byzantin, roman et romantisme, le conte du roi prenait vie ; comment, alors, ne pas s’identifier, avec lui, à un de ces héros wagnériens dont le château semblait être la demeure éternelle ?

La visite, hélas, fut gâchée par le rythme militaire auquel on nous l’imposa. Nos audioguides, vissés sur les oreilles, se déclenchaient automatiquement dans les salles où on nous pressait de pénétrer, presque aussitôt chassés pour laisser place au groupe suivant. Bien entendu – rythme et business obligent –, photos interdites.

Le balcon, ouvrant sur le lac, les montagnes et le château de Hohenschwangau, construit en contrebas, était le seul endroit où les photos étaient tolérées. Il fallut jouer des coudes pour faire quelques photos incertaines, tant la pluie redoublait d’intensité.

Nous redescendîmes vers le parking à travers les bois, sentant le froid monter par nos pieds trempés. Nous prolongeâmes encore un peu le rêve insensé de Louis II en lui ajoutant une note chinoise, dégustant un bon thé, qui nous réchauffa et nous redonna l’élan nécessaire pour gagner Munich.